Le monde de Tran : Cœur Tambour

A lire une critique de mon dernier roman “Coeur Tambour” sur le blog “Le monde de Tran”.

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Scholastique Mukasonga - Cœur tambour - Collection Blanche Gallimard, rwanda, génocide, rasta

Mais qui a tué Kitami?

« Il y a maintenant un an disparaissait, dans des circonstances restées mystérieuses, la célèbre chanteuse africaine Kitami »

Le dernier roman de Scholastique Mukasonga retrace la vie d’une diva qui a eu une gloire fulgurante et qui succombe dans des circonstances tragiques et mystérieuses. En effet, dès les premières pages du récit, le lecteur apprend la mort de la chanteuse Kitami, surnom qu’elle s’est attribuée et dont l’origine remonte à une célèbre princesse guerrière mythique. Le lecteur s’étonne aussi, comme les fans de Kitami, de l’étrange relation qui liait celle-ci à un tambour qui l’accompagne partout sur scène. Ses libations et incantations demeurent perplexes pour tout profane même pour ses compagnons musiciens.

C’est que l’auteur joue avec notre curiosité. Elle excite notre envie de percer le mystère. Mais notre persévérance dans la lecture est récompensée lorsque nous abordons la deuxième partie de son texte. En effet, nous apprenons à connaître la future Kitami. Nous la voyons grandir et nous percevons progressivement sa différence par rapport à d’autres petites filles de son âge. Nul doute qu’elle est destinée à un destin extraordinaire. Nul doute que les esprits puissants l’ont choisie pour être leur messagère… Au fur et à mesure que les pages avancent et que les mots glisses sur la feuille, le lecteur entrevoit l’initiation de la jeune fille et assiste à la puissance manifestée du tambour qui happe l’âme de la jeune fille toute entière… Elle sera célèbre car le tambour ancestral, mythique l’a choisie pour chanter ses louanges. La métamorphose est alors complète. De la chrysalide, la jeune femme devient papillon. Mais à quel prix !!!

Cœur tambour est un récit étrange, insolite et envoûtant. Le verbe de Scholastique est tantôt chatoyant par ses descriptions tantôt inquiétant lorsqu’il s’agit de rendre hommage au Tambour légendaire, l’âme même du peuple Rwandais.

« C’est lui, disait Kitami, qui fait descendre sur moi l’esprit du Chant » Elle assurait que c’était un tambour sacré, un tambour ingabe au nom mystérieux de Ruguina qui, selon elle, signifiait « le Rouge » ou, plus précisément, « le Rouge – Brun ». Elle racontait que le desservant du tambour, un vieillard aveugle, lui en avait fait don, moyennant une compensation symbolique, car il n’existe pas de don sans contre-don. Depuis des générations, son lignage, auquel avait été confiés la garde et le soin du tambour, n’avait pas le droit de le battre, mais savait qu’il devrait le remettre un jour à celle à laquelle il était destiné. Le vieillard l’avait reconnue, elle, Kitami, comme celle qu’ils attendaient. « Moi, disait-elle, j’ai sauvé le tambour et l’esprit qui l’habite de la destruction … je ne suis ni sa maîtresse ni son épouse : je suis sa servante. »

La lecture de ce roman est captivante. L’esprit des mots ensorcelle le lecteur car Scholastique Mukasonga est plus qu’une romancière. Elle est aussi une conteuse et comme telle, elle a su inscrire sa marque dans la chair de ses mots. Avec elle, on frissonne, on s’étonne, on jubile au gré des pages car on est suspendu au pouvoir ensorceleur de sa plume…